LE MONDE | 25.04.2012 à 14h28 Source : .lemonde.fr/ Par Frédéric Edelmann

Duo, une paire de gratte-ciel conçue par les Ateliers Jean Nouvel, sera sans doute le premier ensemble mixte de bureaux et d’habitations de grande hauteur (175 mètres) construit à Paris à l’intérieur du périphérique depuis 1976, date de l’inauguration de la tour Montparnasse (210 m). Il devrait être construit d’ici à 2018 sur le site de Masséna- Bruneseau, dans le 13e arrondissement, sur la ZAC Paris Rive Gauche. Le projet de Nouvel a été choisi mardi 24 avril par un jury présidé par Anne Hidalgo, adjointe au maire de Paris Bertrand Delanoë (PS), à l’issue d’une consultation internationale lancée par la mairie, qui opposait quatre agences d’architectes associés à quatre investisseurs financiers.
"PLAISIR D’ÊTRE LÀ"
Le projet Nouvel est porté par de solides investisseurs, Ivanhoé Cambridge (Québec) et Hines (Etats-Unis). Les trois autres projets, qui n’ont pas été présentés à la presse mais seront exposés au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, étaient proposés par Christian de Portzamparc (avec Bouygues Immobilier et Carlyle), les Néerlandais Neutelings Riedijk Architecten (avec le groupe Buelens), et l’agence américaine Architectonica (groupe Tishman Speyer).
Hors du périmètre de la Défense, deux autres tours ont déjà été choisies pour honorer l’horizon parisien, mais pourraient ne pas être achevées dans les délais prévus, soit 2017 : la Tour Triangle (180 m) des Suisses Herzog et De Meuron, porte de Versailles, et la tour dessinée par Renzo Piano pour le tribunal de grande instance aux Batignolles (160 m).
Le projet Duo, situé à l’angle de la rue Bruneseau et du boulevard du général Jean-Simon, sera composé de deux tours. L’une, la plus haute (175 m, bureaux et logements), "dynamique et rythmée", selon le communiqué de la Ville de Paris, présente une "silhouette au déhanchement étonnant" et "sera une belle signature dans le grand paysage de la métropole parisienne, visible depuis les villes voisines". La seconde fera 115 m de haut et abritera un hôtel.
Duo "amplifie le plaisir d’être là", selon Jean Nouvel, pour qui ces tours "vont chercher des vues, accueillent des arbres et des arbustes sur leurs terrasses, et leurs sommets sont des destinations accessibles à tous". Trois autres immeubles de grande hauteur sont prévus ultérieurement sur ce site extrêmement difficile qui fait le lien entre Ivry-sur-Seine et Paris, et dont le sort urbain a été confié en 2009 à l’architecte Yves Lion.
L’arrivée impromptue de l’avenue de France sur la partie des voies, ici non recouvertes, du réseau ferré Austerlitz, se trouve privée de tout élan par la présence du périphérique dont les bretelles semblent à tout le moins coûteuses à déplacer.
L’édifice de Nouvel sera construit sur un des rares sites rescapés, des voies ferrées et des dalles. Le résultat de choix urbains aberrants dont le coût ne serait plus répercutable ni analysable : "C’est de l’histoire ancienne", disent les représentants du projet Rive Gauche, parlant de décisions remontant à 1991.
Les mêmes sont pourtant soucieux de la longue durée des villes lorsqu’il s’agit de faire valoir les vertus écologiques et économiques des projets. Quant à tenter de prolonger vers Ivry-sur-Seine la ligne 10 du métro (une nécessité énoncée depuis 2009) sur l’emprise de la toute-puissante SNCF, cela semble d’ores et déjà relever d’un futur impossible. Quel que soit le coût des choix à venir. Beaucoup des acteurs de "l’histoire ancienne", toujours présents sur les chantiers du Grand Paris, préfèrent l’imaginer enterrée.
Frédéric Edelmann
