L’Amérique latine face aux défis posés par un taux d’urbanisation record


Source : http://lemonde.fr du 24 août 2012

Selon un rapport d’ONU Habitat, l’essor des villes est un atout pour les Latino-Américains, mais leur développement durable suppose un tournant vers davantage de cohésion sociale

L’Amérique latine essentiellement rurale relève d’un passé révolu. Après soixante ans d’urbanisation accélérée et chaotique, 80 % des Latino-Américains habitent des villes, soumis à tous les vents de la modernité et de la mondialisation. Et, en dépit d’exportations provenant surtout de la terre et du sous-sol, plus des deux tiers des richesses sont produites en ville, où se trouvent les services et l’industrie. Aucun autre continent n’atteint un tel degré d’urbanisation, malgré d’immenses extensions territoriales à faible densité démographique.

Le rapport de 200 pages intitulé " L’état des villes en Amérique latine ", que vient de publier ONU Habitat (le programme des Nations unies pour les établissements humains), projette une lumière nouvelle sur les contrastes du sous-continent. Le texte considère " positif " le processus d’urbanisation, malgré son caractère " traumatique et parfois violent ", marqué par des dégradations de l’environnement.

Cette transformation est irréversible, il n’y aura pas de retour à la terre. Vers 2050, le taux d’urbanisation devrait atteindre 90 % des populations. Dans le cas du Brésil et du cône sud des Amériques, cette évolution pourrait être une réalité dès 2020. L’exode rural est pratiquement achevé dans la plupart des pays, même si la " tâche urbaine " continue de s’étendre.

L’Amérique latine essentiellement rurale relève d’un passé révolu. Après soixante ans d’urbanisation accélérée et chaotique, 80 % des Latino-Américains habitent des villes, soumis à tous les vents de la modernité et de la mondialisation. Et, en dépit d’exportations provenant surtout de la terre et du sous-sol, plus des deux tiers des richesses sont produites en ville, où se trouvent les services et l’industrie. Aucun autre continent n’atteint un tel degré d’urbanisation, malgré d’immenses extensions territoriales à faible densité démographique.

Le rapport de 200 pages intitulé " L’état des villes en Amérique latine ", que vient de publier ONU Habitat (le programme des Nations unies pour les établissements humains), projette une lumière nouvelle sur les contrastes du sous-continent. Le texte considère " positif " le processus d’urbanisation, malgré son caractère " traumatique et parfois violent ", marqué par des dégradations de l’environnement.

Cette transformation est irréversible, il n’y aura pas de retour à la terre. Vers 2050, le taux d’urbanisation devrait atteindre 90 % des populations. Dans le cas du Brésil et du cône sud des Amériques, cette évolution pourrait être une réalité dès 2020. L’exode rural est pratiquement achevé dans la plupart des pays, même si la " tâche urbaine " continue de s’étendre.

Les villes grossissent à un rythme soutenu, parfois deux ou trois fois plus important que l’augmentation de leur population, à cause d’une occupation horizontale des sols urbains. Les experts d’ONU Habitat n’hésitent pas à aller contre les idées reçues en prônant davantage de logement vertical, pour limiter l’extension géographique et augmenter la densité démographique des villes. La gestion et le développement durable des agglomérations seraient à ce prix, pour concentrer les infrastructures nécessaires au bien-être des habitants.

Les inégalités et la violence figurent parmi les principaux problèmes pointés du doigt. Les villes de la région sont les plus inéquitables et souvent les plus dangereuses de la planète, souligne le rapport. Les cités latino-américaines reflètent dans leur configuration la division sociale. La fracture urbaine se traduit par la ségrégation territoriale, visible à l’oeil nu. Rio de Janeiro est une ville " partagée " entre " l’asphalte " (les zones résidentielles) et " les mornes " (les favelas).

Pas moins de 111 millions de Latino-Américains (sur un total de 588 millions) vivent dans des bidonvilles. L’amélioration des habitations précaires et de leur environnement a contribué à leur stabilité, d’autant plus nécessaire que le déficit en matière de logement s’élève à 50 millions de foyers. L’éradication des bidonvilles au prix d’un déplacement vers la périphérie urbaine n’est pas une solution, car il éloigne les habitants de leurs lieux de travail et des infrastructures modernes.

En dépit des programmes de redistribution des revenus mis en place depuis une décennie, 122 millions d’habitants des villes vivent dans la pauvreté. L’économie informelle, et donc l’absence de couverture sociale, touche particulièrement les jeunes et les femmes.

L’existence de territoires urbains contrôlés par le crime organisé et les trafiquants de drogue, ou à leur merci, illustre la complexité du défi sécuritaire. Pour une majorité de Latino-Américains, l’insécurité vient du reste en tête de leurs préoccupations, avant l’emploi. Les pauvres sont les premières victimes des violences. Et les constructions précaires restent les plus exposées aux aléas climatiques et aux catastrophes naturelles. Les conséquences du séisme de 2010 à Port-au-Prince en sont le meilleur exemple.

Parmi les 16 000 agglomérations existant, on compte à la fois huit mégapoles de plus de 5 millions d’habitants et un nombre croissant de villes moyennes, dont le dynamisme et l’innovation ne laissent parfois rien à désirer aux premières. La formation de grandes métropoles, qui totalisent déjà 65 millions d’habitants, pose des problèmes de gestion régionale encore à l’état d’ébauche. Les villes moyennes concentrent la moitié de la population urbaine d’Amérique latine, mais la question des ressources budgétaires reste posée et exige souvent le soutien des Etats.

Résolument optimiste, le rapport d’ONU Habitat estime néanmoins que l’Amérique latine se trouve à un tournant et pourrait entamer un " nouveau cycle de transition urbaine ", destiné désormais à améliorer les conditions de vie des citadins. Grâce à la décentralisation, les administrations ont accumulé une expérience institutionnelle qui gagnerait à être mieux partagée.

Outre le désendettement des Etats et une moindre vulnérabilité des économies face aux crises internationales, les Latino-Américains disposent d’un autre atout : le " bonus démographique ", c’est-à-dire une population active plus importante que le nombre d’enfants et de personnes âgées, une fenêtre d’opportunité évaluée à trente ans.

Cette période, souligne le rapport, devrait être mise à profit pour récupérer l’espace urbain, mettre à niveau les infrastructures et les services, favoriser l’emploi local, la diversité sociale et culturelle ainsi que le développement durable, augmenter l’inclusion et la cohésion territoriale, et, enfin, réduire les inégalités.

  • Un paysage urbain contrasté et inégalitaire
    Mégapoles Mexico, Sao Paulo, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Lima, Bogota, Santiago du Chiliet Belo Horizonte comptent plus de 5 millions d’habitants.55 villes ont entre 1 et 5 millions d’habitants ; 62 agglomérations de 500 000 à 1 million.

    Eau courante 92 % de la population urbaine en disposent.

    Tout-à-l’égout 74 millions des citadins (16 %) n’y ont pas accès.

    Transports publics 43 %

    des habitants les utilisent, mais, selon ONU Habitat, l’explosion

    du parc auto est " insoutenable ".

    Femmes Elles représentent 22 % des conseillers municipaux,

    mais à peine 10 % des maires.

Paulo A. Paranagua

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