Argentine : le plus vieux métro du monde tire sa révérence


Le Point.fr – Publié le 09/01/2013 à 10:54 – Modifié le 09/01/2013 à 11:21

La ligne A, surnommée « La Brugeoise » en référence à son lieu de fabrication, était devenue une institution à Buenos Aires, où l’on milite pour la sauver.

Le démantèlement imminent, samedi, des rames de métro les plus anciennes du monde encore en fonctionnement, fabriquées il y a cent ans à Bruges (Belgique), provoque le désarroi à Buenos Aires où des recours en justice et des projets de loi se multiplient pour tenter de les sauver.

Le démantèlement imminent, samedi, des rames de métro les plus anciennes du monde encore en fonctionnement, fabriquées il y a cent ans à Bruges (Belgique), provoque le désarroi à Buenos Aires où des recours en justice et des projets de loi se multiplient pour tenter de les sauver. © Alejandro Pagni / AFP

Le démantèlement imminent, samedi, des rames de métro les plus anciennes du monde encore en fonctionnement, fabriquées il y a cent ans à Bruges (Belgique), provoque le désarroi à Buenos Aires où des recours en justice et des projets de loi se multiplient pour tenter de les sauver. La mairie de Buenos Aires a annoncé le démantèlement, le 12 janvier, des wagons historiques de la ligne « A », la première ligne de métro de l’hémisphère sud (1913), construits par « La Brugeoise, Nicaise et Delcuve », très prisée des touristes.

La disparition annoncée de « La Brugeoise », dont les boiseries et la lumière feutrée des appliques en opaline ont un charme désuet et austère, a ému les Argentins qui les appellent affectueusement « Las Belgas » ou « Las Brujas ». Plusieurs parlementaires ont présenté en catastrophe des projets de loi et des recours en justice pour les sauver. Mais, en plein été austral, parlement et tribunaux sont fermés.

« Démolition historique »

« Ces wagons pourraient rouler cent ans de plus », affirme Cesario Blanco, 57 ans, l’un des 130 mécaniciens de l’Atelier centenaire « El Polvorin ». « Et puis quelle classe lorsqu’ils entrent en gare ! » s’exclame cet homme qui répare ces machines depuis plus de trente ans. Beaucoup, comme lui, ne comprennent pas. « Buenos Aires est en train de commettre une erreur dont nous réaliserons bientôt la portée », prévient l’historien Eduardo Lazzari. Le directeur de la Bibliothèque nationale, Horacio Gonzalez, qualifie le démantèlement de la ligne « A » de « démolition historique ».

Il s’agit des plus vieilles rames de métro en fonctionnement régulier dans le monde. Celles du métro de Budapest, qui datent de 1896, n’effectuent plus que des parcours touristiques. Or, la mairie de Buenos Aires, qui sort d’un long conflit avec l’État sur la gestion du métro de la capitale, veut montrer qu’elle prend les choses en main. « La fermeture du 12 janvier ne peut être reportée, car il en va de la sécurité des passagers », assure, dans un entretien avec l’AFP, le président du métro de Buenos Aires (SBASE), Juan Pablo Piccardo.

Les statistiques démentent cet argument : la ligne « A », avec un seul accident avec des passagers à bord en un siècle, est de loin la plus sûre de toutes les lignes de métro de Buenos Aires. « Nous ne voulons pas attendre d’avoir des statistiques mauvaises », répond alors Juan Pablo Piccardo. Le numéro deux de la mairie, Horacio Rodriguez Larreta, a ironisé sur le bois des anciens wagons, suggérant qu’il « pourrait servir pour un asado » (viande grillée argentine).

« Patrimoine vivant »

Javier Fernandez, auteur d’un audit commandé au métro de Madrid par Metrovias, le prestataire du métro de Buenos Aires, a conclu qu' »on confondait ancienneté et insécurité ». L’audit de la mairie, commandé au métro de Barcelone, recommande lui le retrait de la doyenne des rames de métro. « Ces wagons sont sûrs parce que notre travail est artisanal », dit Cesario Blanco, montrant son savoir-faire menacé dans l’atelier de « Las Belgas ». « Les bobines sont montées manuellement », explique l’ingénieur Eduardo Zerbo, 48 ans, responsable de l’atelier : sur la table, on peut voir des rouleaux de papier et des fils de cuivre que l’on tisse comme de la dentelle.

La bataille de « La Brugeoise » est d’abord celle du « patrimoine vivant ». L’urbaniste italien Gustavo Giovannoni, inventeur du terme « patrimoine urbain », lance ce débat dès 1913. La Charte de Venise reprend en 1964 ses principes : « Chargées d’un message spirituel du passé, les oeuvres monumentales des peuples demeurent dans la vie présente le témoignage vivant de leurs traditions séculaires », souligne-t-elle. « Le patrimoine fait partie de notre vie quotidienne », dit Monica Capano, coordinatrice de 50 ONG mobilisées pour sauver « Las Brujas ». Elle appelle à une manifestation vendredi soir.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s