Au Théâtre des Champs-Elysées, des travaux en catimini


LE MONDE | 05.11.2015 à 07h46 | Par Jean-Jacques Larrochelle

Le Théâtre des Champs-Elysées, avenue Montaigne à Paris.

Etabli sur 1 000 m2 dans les sous-sols du Théâtre des Champs-Elysées (TCE), édifice classé monument historique et propriété de la Caisse des dépôts et consignations au cœur du cossu 8e arrondissement de Paris, le projet s’appelle « Manko Paris ». Soit un restaurant tenu par le chef péruvien Gaston Acurio, ainsi qu’un « cabaret fantasmagorique », dont la direction artistique est confiée à Garou, indique dans ses publicités Moma Group, à l’origine du projet. Le leader français de l’événementiel intégré envisage l’inauguration de ce nouveau lieu à lafin du mois de novembre, à l’endroit occupé jusqu’en 2012 par l’Hôtel des ventes Drouot Montaigne. Sauf que, des travaux, personne n’en sut rien. Et, bien que la loi l’impose, aucun affichage n’en a jamais précisé la nature.

Si les allées et venues des camions et des bétonnières ont intrigué le voisinage, elles ont surtout inquiété – concurrence oblige – les responsables de La Maison blanche. Ce restaurant a été construit, il y a vingt-cinq ans, sur le toit du fameux théâtre signé en 1913 par l’architecte Auguste Perret, grand maître dans l’art du béton, et avait connu d’analogues déboires administratifs. Sans plus tarder, l’établissement, « pour la défense de ses droits et intérêts », demande à un huissier de procéder à un constat de travaux que rien ne signale.

Le 6 mai, une ordonnance du Tribunal de grande instance de Paris confie à un autre huissier la même mission, de même que celle de décrire le projet d’aménagement intérieur. La Mairie de Paris dépêche également un agent assermenté, qui, le 1er juin, constate que « des travaux ont été effectivement mis en œuvre sans autorisation ».

Immeuble classé

Au lieu d’une demande de permis de construire, une déclaration préalable de travaux, destinée d’ordinaire à des interventions de faible importance, est envoyée en mairie quelques jours plus tard par Atelier Montaigne, une société appartenant à Moma Group. Le document est de portée insuffisante. Un permis de construire aurait dû être nécessaire à la mise en œuvre d’un tel chantier. Une absence d’autant plus préjudiciable qu’elle s’applique ici à un établissement devant recevoir du public et de surcroît au sein d’un immeuble classé.

Parmi les interventions contestables : des modifications sur des piliers appartenant à la structure du bâtiment. « Les poteaux sous la mezzanine ont été dégarnis, avec des fers qui ont été sectionnés et des poutres en béton rabotées », précise le constat. La surface de ladite mezzanine a également été augmentée. « La commission de sécurité doit passer dans quinze jours, assure le PDG de la société immobilière du Théâtre des Champs-Elysées, Alain Destrem, également mandataire de la société Atelier Montaigne. Tout sera validé. »

Quant à l’affichage absent, « il avait été fait à l’entrée du chantier, dans une impasse », précise, sans trop y croire, un responsable technique de la société immobilière. Et de soupirer : « Nous n’étions pas conformes au regard de nos obligations. Mais pour nous, nos démarches semblaient suffisantes. »

  • Journaliste au « Monde »

 

 

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